personnageComme nous l'avons vu dans le tableau récapitulatif, deux paramètres condi- tionnent le poids de l'image : ses dimensions et sa complexité. Plus une image est grande, plus une image est riche en détails et plus le nombre de pixels (donc le nombre d'octets) nécessaire pour la représenter sera important. C'est aussi simple que cela. A contrario, la gestion du poids par le graphiste scrupuleux ne peut se faire que de deux façons : soit il réduit les dimensions de l'image, soit il en réduit la complexité.

Nous savons qu'il existe une technique radicale pour disposer du poids de l'image, celle de la compression Jpeg. Nous avons vu aussi que celle-ci peut avoir un effet assez dévastateur sur la qualité de l'image et qu'elle n'est donc pas obligatoirement la solution idéale, même si elle est la plus facile à mettre en oeuvre...

En ce qui concerne les images de type Gif, les logiciels "optimiseurs" de poids qui fleurissent sur le Web tentent de répondre à cette question de façon tout à fait mécanique. La complexité n'étant ici envisagée qu'en terme de profondeur du codage des couleurs, choix va être offert de réduire celle-ci.

J'ai fait l'expérience (logiciel WebGraphics Optimize) avec la scène tirée de La Belle au bois dormant, dont j'avais conservé l'original.
Si le gain est, à chaque fois, intéressant, il n'est guère enthousiasmant. Le plus petit codage pèse encore 45 Ko avec une réelle perte de qualité, puisque la réduction du nombre de couleurs dans la palette est faite selon des principes qui n'ont rien à voir avec l'esthétique. Il faut comprendre que si vous avez réellement une soixantaine de couleurs dans votre image, le codage sur 6 bits (64 couleurs) donnera une qualité égale. Par contre, si votre image comporte au départ 256 couleurs, les arbitrages que rendra le logiciel pour supprimer 3 couleurs sur 4 ne peuvent entrainer qu'une baisse réelle de cette même qualité. Je rappelle, également qu'avec 60 couleurs, j'obtenais pour cette image une vraie qualité dans seulement 12 637 octets.

Il est temps de préciser ce que j'entends par réduction de la complexité, à partir d'un exemple qui présente l'avantage d'être simple et connu de tous.

Comment notre oeil perçoit-il un personnage de dessin animé ? Comme un tracé, souvent de couleur sombre, délimitant différents aplats colorés uniformes. Ceux qui ont déjà tenu en main un cellulo sur lequel est dessiné un tel personnage savent bien que cette uniformité est approchée au plus près mais qu'elle n'est pas absolue. Il n'empêche : notre oeil devant l'écran la verra telle.

scan d'imageVoyons maintenant comment un processus de numérisation perçoit une telle image. Dans la vignette ci-contre, tirée d'une image préalablement réduite à 256 couleurs par les Van Eaton Galleries, le scanner a perçu tant de nuances qu'il faut ici 165 couleurs pour les retracer toutes. Outre les défauts visibles qui contribuent à augmenter ce chiffre, il faut d'ores et déjà admettre que le processus de numérisation "voit" plus de choses que ce que notre oeil est habilité à admettre, c'est-à-dire qu'il génère une complexité non-signifiante dans notre perception de l'image. Même le fond, qui devrait posséder la couleur univoque du celluloïd, a besoin d'une quinzaine de couleurs pour être défini.

scan d'image retravailléEliminons de cette complexité la totalité des éléments non-signifiants, c'est-à-dire restituons un tracé uniforme et des aplats réels (ce qui nous permet de corriger les principaux défauts de l'original, notamment une dégradation de couleurs sur la droite, due à la protection cellophane du cell d'origine).

Les 10 couleurs utilisées ici sont donc plus proches de la conception du cell original que la version en 165 couleurs. Le gain en octets est considérable, puisque la version numérisée pèse 10,2 Ko, la version redessinée 5 fois moins (2,2 Ko).

Afin d'anticiper un débat théorique d'importance, je dirais sans doute abruptement qu'aucune des images ci-dessus n'est vraie par rapport à l'image originale. Toutes les deux sont des représentations d'une certaine réalité, mais la numérisation n'a pas une véracité supérieure à l'image redessinée. Toutes les deux, à leur manière, approchent et trahissent l'original.

Suite >
Petites Leçons sur l'image - Philippe Cottet 1996-1999