Conclusion

On mesure maintenant toute l'ampleur de la trahison que représente le film Planète Hurlante. Le maintien de la confrontation violente de deux groupes humains limités, autour d'un hypothétique minerai, dans une lointaine périphérie galactique permet de placer le spectateur devant la contemplation d'une violence qui lui serait toujours déjà extérieure, ce que l'auteur semble n'avoir jamais voulu.

Philip K. Dick nous dit clairement que nous sommes tous coupables. Comme la plupart des productions culturelles humaines, le film cherche à dissimuler cette culpabilité, en perpétuant la violence comme une entité abstraite en complète extériorité. La violence, c'est toujours l'autre, cet être indéterminé ou cette idée sacralisée. Après ceci, de doctes sociologues, de fins politiques viendront se poser des questions sur l'impossiblité qu'ont nos sociétés à se débarasser des phénomènes de violence, "tellement exogènes, tellement autres". Ils s'effareront même de la fascination qu'exerce cette violence sur le public...

Le film nous dit : "Même si l'homme déchaîne la violence, il s'en sort toujours. Continuons donc...". Les nouvelles de Philip K. Dick ne laissent au contraire guère le choix à la violence humaine. Déchaînez-la et vous périrez. Renoncez à la haine et vous survivrez...

Bibliographie

• Les deux nouvelles de Philip K. Dick analysées ici ont été publiées chez 10-18. L'intégrale des nouvelles de Dick existe chez Dunoël.

• En ce qui concerne les questions de mimétisme et de rivalité mimétique, on consultera à profit l'oeuvre de René Girard, notamment Mensonge romantique, vérité romanesque, La violence et le sacré et Des choses cachées depuis la fondation du monde publiés chez Grasset. Un René Girard et le désir mimétique est à votre disposition en ligne.

• L'analyse de la rareté en économie vue sous l'angle du mimétisme et de la crise sacrificielle est disponible dans l'excellent L'enfer des choses publié au Seuil. Dumouchel et Dupuy lèvent un des obstacles majeurs du système girardien en tentant d'expliquer le passage à la modernité, déchaînement apocalyptique des attitudes mimétiques sans désintégration immédiate des structures sociales.