Théorie de la rivalité mimétique

Avant de poursuivre, je voudrais rappeler brièvement les bases de l'anthropologie girardienne.
Pour montrer que cette incursion dans l'anthropologie girardienne est loin d'être incongrue, je voudrais maintenant rappeler un passage de The Defenders omis tout à l'heure, qui est le diagnostic porté par le soldomate sur le but de la guerre dans la culture humaine :
Dick décrit ici très clairement ce que Girard nomme la crise sacrificielle, et que nous venons de rappeler. Sa définition de la guerre est très clairement la résolution d'une crise interne par le détournement de la violence unanime vers un groupe jugé extérieur - ici une autre société - qui pourrait tout autant être un bouc émissaire.

Bien sûr, la définition que Philip K. Dick donne de la guerre peut nous sembler banale. Ce qui est intéressant dans Second Variety, et qui rejoint la pensée de René Girard, c'est l'indifférenciation totale qui précède la destruction totale de l'humanité. Cette indifférenciation, nous l'avons noté, s'établit préalablement entre les deux camps, américain et soviétique. Mais elle s'établit également avec le "camp" des robots, puisque c'est seulement quand ceux-ci vont prendre forme humaine que la crise va définitivement s'enclencher. Plus rien ne les distingue des humains, y compris et surtout la volonté de détruire l'autre. La confusion est d'ailleurs totale puisque, tout le monde soupçonnant tout le monde, des exécutions sommaires ont lieu.

Dans Second Variety. Philip K. Dick décrit un champ clos, la Terre, et une crise mimétique violente entre deux doubles - Américains et Soviétiques représentant la totalité de l'espèce humaine -, engagés dans le stade ultime de la violence : celui où il ne peut y avoir réconciliation unanime des deux parties sur le dos d'un bouc émissaire, entendu au sens girardien du terme, puisque ce tiers n'existe pas. Du moins existe-t-il, c'est le camp des androïdes, mais sa violence est supérieure à celle des autres.