La rédemption

Bien que canadien, le film Planète hurlante obéit aux canons hollywodiens traditionnels et à l'obligation du happy ending. Nous avons déjà vu que le principe d'une localisation spatiale et temporelle éloignée du conflit préparait le sauvetage du héros, son retour sur Terre et, pourquoi pas, son incorporation dans un futur conflit dont il se tirera sans doute sans une égratignure. La planète est laissée aux robots, qui pourront ainsi reproduire le conflit humain initial sans apparemment venir polluer la vie humaine sur Terre de leur violence. Le spectateur ne doit, en aucun cas, être mal à l'aise dans son identification au héros : il est placé à l'extérieur de la violence durant tout le film (ce sont des savants non-identifiés qui ont créé les premiers robots en leur donnant cette capacité d'auto-génération, dans un conflit d'intérêt - l'appropriation du minerai -, dont le héros n'est qu'une victime) et il est sauvé à la fin.

Dick, bien sûr, ne peut pas envisager le sauvetage de son personnage central dans sa problématique de dénonciation de la violence, à laquelle tout humain participe. Tout déchaînement de la violence humaine, à ce niveau, ne peut avoir pour corollaire que la destruction complète de l'humanité.

C'est bien pourquoi le seul endroit à peu près épargné par la guerre, - les bases lunaires -, va bientôt se trouver soumis au même sort que la Terre, la femme utilisant la navette n'étant que l'ultime avatar des androïdes destructeurs.

Ici se place une réflexion propre à l'univers dickien mais qui ne contredit en aucun cas ses développements sur la violence. Le modèle numéro 2 (la femme) a conçu une bombe capable de détruire les autres variétés de robots. Ceci console un peu le personnage central, qui va bientôt être tué : "Ils commençaient déjà à fabriquer des armes pour se détruire mutuellement." Dick semble vouloir dire que les mêmes causes engendrent les mêmes effets. L'apprentissage des androïdes-tueurs n'a été que violence et meurtre, comment s'étonner qu'ils ne retournent cette violence contre leurs semblables ? Mais c'est une victoire à la Pyrrhus pour l'humanité, puisque personne ne sera là pour témoigner.

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