"Ici bas, je suis insaisissable."
Paul Klee, Journal








Il est des émerveillements...quand une rencontre se dépouille des vaines solennités et que, saisis, nous subissons l'éclair...

Paul Klee me frappa, insouciant et solaire, comme jadis Rimbaud... Loin d'être la peinture puérile qu'y voient certains, son oeuvre est une des plus complexes, des plus dangereuses aussi pour l'implacable raison humaine que le génie artistique de l'homme ait produite, depuis la croupe noire et ocre d'un aurochs à Lascaux.

    "On ne peut absolument pas me comprendre ici-bas. Car je vis justement aussi bien chez les morts que chez ceux qui ne sont pas nés, un peu plus proche de la création qu'il n'est habituel, mais pas encore assez près, il s'en faut de beaucoup." (Notes, 1916)


La peinture de Paul Klee ne ressemble à rien de connu parce que poète, musicien et philosophe, elle est poème, musique et quête spirituelle. Plus qu'une recherche formelle, l'oeuvre de Klee est une réflexion sur le monde sensible, une intégration volontaire et réussie des perceptions humaines.

Mon regard entend la peinture de Klee avant d'en percevoir les subtilités plastiques. Sa musicalité m'éclabousse autant que sa luminosité, que la fragilité de ses lignes tirées du néant vers l'autre part. Là, tout est mouvement, subtilement organisé dans le temps et l'espace, selon des figures, au sens cortázarien du terme, saisissables si l'on souhaite voir.

Le regard que l'on doit porter sur l'oeuvre de Klee ne peut être qu'actif, sur un chemin de sensations qui sollicitent plus que notre regard :

"Ce qui est productif, c'est justement la voie, c'est là l'essentiel, le devenir est au-dessus de l'Être.", note Klee dans son journal. Phrase que je ne peux m'empêcher de rapprocher de celle de Char : "Être du bond. N'être pas du festin, son épilogue."

La diversité des techniques, des supports que nous retrouvons dans les 9000 oeuvres qu'il nous a laissées sont la marque de cette recherche incessante. Klee n'est pas Yves Tanguy, qui reproduira toute sa vie le "même". Il semble remettre en cause, à chaque tableau, la perception qu'il a de la réalité et les moyens à sa disposition pour l'intégrer dans sa vision nourricière, parfois hallucinée, du monde.

Ne vous arrêtez donc pas à l'apparente simplicité de cette peinture, qui ferait croire à jeux d'enfants, là où se trouve saisie toute la complexité du monde. Sartre disait que "Klee est un ange qui recrée les merveilles du monde". Il est pour moi cet homme inflexible et douloureux, parcourant inlassablement les sentes poussiéreuses de l'Homme, sans appel.

Comme l'écrivait René Char (Recherche de la base et du sommet):

"(...)Tu te tais et tu signes au bas de la page là où Paul Klee arrêtant que tu n'existes pas, découvre ta direction."


Ces pages sur Paul Klee font partie d'un Autoportrait, lui-même partie d'un site plus vaste nommé AlphaBestiaire. Si vous êtes entrés directement, merci d'aller les visiter.